L'Elégance du Cowboy

 

Un Cowboy démonté est un équilibriste sur des échasses. Ses bottes ont des talons de femme. Ses éperons, accroche-coeur de métal, traînent derrière lui. Son feutre est l'indice de son caractère en général, et de son humeur, en particulier. Les feutres de cowboys sont de bonne qualité. Ce sont des parapluies ou des ombrelles; leurs bords relevés servent de gouttières ou de chasse-neige, leurs ailes palpitantes remplacent les éventails et peuvent ranimer un feu ou rafraîchir l'atmosphère lourde et enfumée du "saloon". Plat ou élevé, cabossé ou fendu, noir, mastic, brun, taupé ou glacé, le Stetson est vissé sur la tête du Cowboy. Il est probable que même devant Dieu le Père, l'homme ne se découvrirait pas. Il n'a le geste large du chapeau que pour détourner un bouvillon ou effrayer une génisse.

 

Pourtant les nécessités de la vie errante obligent parfois le Cowboy à retirer son couvre-chef, il l'incurve pour en faire un récipient et se désaltérer, il enfonce la calotte pour en faire un oreiller. Certains prétendent que l'on peut reconnaître l'origine géographique d'un garçon par la façon dont il porte son Stestson. On peut certainement définir son caractère. Esprit étroit et têtu s'il l'enfonce jusqu'aux yeux; indépendant, malin, un peu fanfaron s'il l'incline trop sur l'oreille; bon enfant, insouciant s'il le porte en arrière; nerveux si les bords sont roulés et froissés; soigneux s'il le maintient propre en changeant le ruban; vulgaire s'il l'orne de couleurs criardes; latin si le bandeau porte des clous brillants; modeste s'il est sobre et petit; pratique s'il est gris; ambitieux et cabotin s'il est immense et blanc. Les chapeaux de Cowboy, il y a cinquante ans, avaient les bords plats et rigides. Leur calotte était pointue comme celle de l'armée américaine ou des scouts d'aujourd'hui.

 

Les bottes sont ornées de motifs mauresques. Carrées ou pointues du bout. Noires ou brunes, parfois pies comme un mustang ou damassées comme un échiquier. Parmi les dessins, les as de jeux de cartes sont très en faveur, ils rappellent au Cowboy qu'il se pourrait bien qu'il perde ses bottes au poker. Multicolores, rouges, vertes, bleues, ornées de papillons, de croissants de lune et d'arabesques, les bottes sont un bouquet que l'on traîne aux pieds.

 

Les éperons sont la gloire du Cowboy. L'alliance qui l'unit à sa monture. Incrustées d'argent et d'or. S'ils sont longs, c'est que les étriers sont loin du flanc de la bête; si la molette figure une immense étoile, c'est qu'ils sont moins coupants et servent seulement à rouler plus facilement sur le flanc. Ils sont un trait par lequel le cavalier souligne un ordre. Ce ne sont ni des roulettes pour la pâtisserie, ni des diamants pour couper le verre. Il est rare que le poil d'une bête porte la marque des éperons; l'homme évite toujours de blesser même un broncho qui se défend.

 

Pour se protéger du froid, de la pluie, des épines, du contact brutal avec le bétail, du frottement d'un lasso au bout duquel se débattent 500 kilos de viande qui ne veulent pas devenir du boeuf, le cowboy porte des chaps. Jambières ou cuissarts, faits de deux peaux repliées autour de chaque jambe et accrochées à une ceinture. On imagine souvent qu'il s'agit d'une sorte de jupe ou de culotte très ample. Ce n'est qu'un double tablier de travail que le cowboy porte à cheval. Des crochets ou des courroies maintiennent les peaux, parfois seulement au-dessus du genou, dans ce cas la partie basse non fixée retombe comme des ailes brisées.

 

Les chaps sont en cuir travaillé, en cuir brut (rawhide) ou en peau de mouton. Ces dernières sont très encombrantes; aujourd'hui elles tendent à disparaître. La mode est aux jambières en beau cuir souple au galbe sinueux. Elles sont plus ou moins ornées et frangées; elles portent quelques fois des poches à mi-cuisse. L'élégance veut que les chaps soient de deux tons, noir sur blanc avec une initiale ou un prénom appliqué sur le volant du bas. Comme le Stetson, elles peuvent servir à d'autres usages, protéger le dos du cowboy contre la pluie ou devenir un isolant pour dormir sur le sol humide.

 

Le cowboy a pour principe qu'un col dur est une erreur de la civilisation, ce en quoi il est franc et avisé. Il prétend en outre que le veston est fait pour les gens guindés et prétentieux, sa seule utilité est d'offrir le refuge de nombreuses poches; mais il ajoute que si l'on fabriquait un vêtement muni de 200 poches, les citadins arriveraient à les remplir d'objets de première nécessité, sans aucun doute.

Lui, porte une chemise de flanelle ou de soie. Avec cette dernière, il fait de brillantes conquêtes en ville. Sur le ranch elle reste dans une caisse. Jadis les chemises étaient rouges, les couleurs criardes permettent de s'apercevoir de plus loin. Les rayures et les carreaux sont en faveur aujourd'hui et aucun cowboy ne résisté à la tentation d'un tissu écossais.

Sur la chemise, il porte un windbreak d'origine canadienne, chaud, molletonné ou imperméable. Ce vêtement, importé en Europe est devenu une tenue de sport, de golf ou de ski en particulier.

Le foulard est en soie. D'origine paysanne, ce mouchoir plié en deux, se porte en triangle sous le menton avec les deux extrémités nouées en arrière et tombant en cravate dans le dos. Encore et toujours jeune, le cowboy a une bavette... Ce foulard lui est utile pour se protéger le bas du visage quand il poursuit un troupeau dans un nuage de poussière.

 

L'étui à revolver est une poche indépendante sans fermeture. La crosse dépasse, prête à être saisie. Les cartouches sont rangées dans la ceinture qui maintient l'étui incliné sur les chaps. Sur la selle, il y a des pistolets d'arçon et des étuis à fusils inclinés presque horizontalement sous la jambe. Le cowboy sort souvent son revolver parce qu'il est soigneux et connaît la valeur de son arme, mais c'est pour la nettoyer. Habituellement, le revolver reste dans un tiroir ou un coffre, ou bien il est pendu au mur parmi les trophées de chasse.

 

Aussi utile que le Stetson, le couteau ne quitte jamais la poche du garçon. Il l'affûte avec soin sur les lanières de sa selle. Quand il a la chance de rencontrer une vieille planche ou un morceau de bois, il le taille patiemment comme s'il avait encore besoin de dépenser son énergie aux heures creuses.

 

Textes tirés de l'ouvrage de Paul COZE (Cowboys, rodéos et jeux de lasso -1934)